Itzhak Goldberg

 

"C'est en fil de fer que je pense le mieux" disait Calder.  C'est avec les fils de laiton peints qu'Annie Bascoul pense et tisse ses œuvres.  Mais, le rapprochement avec le génial inventeur des mobiles passe surtout par la négation de la pesanteur recherchée par les deux artistes. Bascoul, en effet, s'inscrit dans ce qu'on peut nommer l'esthétique de la légèreté.  Choix paradoxal, tant la ronde bosse est associée aux volumes massifs, imposants par leur consistance dense.  On pourrait même se demander si ces œuvres flottantes font encore partie de l'univers sculptural.  Toutefois, c'est sans compter avec la nouvelle exploitation par ce monde d'une large gamme de matériaux qui mettent en péril la rigidité et le poids d'un marbre ou d'un bronze.  Le titre du livre de Maurice Fréchuret, Le mou et ses formes, essai sur quelques catégories de la sculpture au XXe siècle est 1'emblème de cette évolution qui admet que cordes et fils, latex et caoutchouc, peau et feutre, bref, des structures fluide et molles, sont traitées par des artistes qui ont souvent volontairement "fait l'abandon de leur savoir-faire et de leur technique [...] [et] au risque de perdre leur identité habituelle, laissé à la matière le soin d'être elle-même le moteur de sa propre évolution vers la matière artistique".  Le geste du créateur est alors "un geste d'accompagnement qui apprend plus qu'il ne corrige"1. Laissez pendre devient alors le mot d'ordre de nombreux sculpteurs dont les travaux ne répondent plus au principe de la verticalité ne sont plus érigés comme une révolte contre les lois de la gravité. Les rideaux semi- translucides d'Annie Bascoul ondulent dans l'espace afin de former des configurations aérées.  On pourra y voir, suivant les vœux de l'artiste, qui les baptise "ancolies", des fleurs. On peut aussi s'imaginer que ce sont des vêtements, des crêpes ou des voiles, vidés de leur corps.  Quoi qu'il en soit, pétales ou habits, ce sont de délicates enveloppes qui se tiennent dans un équilibre précaire et transforment la transparence lumineuse en une matière précieuse.  Pour revenir à une formule de Calder, ce sont des objets sculptés dans l'espace qui ne racontent pas d'histoires.

 

 

 

1 Maurice Fréchuret, Le mou et ses formes, Essai sur quelques catégories de la sculpture au XXe siècle, École nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris, 1993, p. 211.